06.02.2009
> Nicolas Sarkozy : plus social qu'à l'accoutumée...
L'intervention du président de la république était attendue par beaucoup, dans un contexte mondial et national d'inquiétude. Le président est resté fidèle à ses habitudes : maître à bord, volontariste, et pédagogue. Sur le contenu, quelques annonces et une volonté de répondre aux attentes des revenus modestes. Une intervention plutôt réussie donc sur le principe. Chacun attend maintenant la concrétisation des promesses pour sa propre situation. Faute d'amélioration, au moins le statu quo. Ce serait déjà une première victoire sur la crise...
Dans le détail, les principaux points évoqués :
- Les milliards d'euros prêtés aux banques ont évité la faillite de celles-ci, et donc la situation dramatique des entreprises et des familles. Notre système ne peut pas fonctionner sans les banques. Selon lui, ce sont 1,4 milliards d'euros de recettes supplémentaires qui arriveront dans les caisses de l'État, grâce à cette caution. Cette manne financière sera redistribuée sur les situations les plus socialement en difficulté.
L'explication est intéressante. Certes, cela ne coûte pas un centime jusqu'à ce jour... Sous réserve que les banques parviennent à redresser le tir... Sans quoi elles fermeront et l'argent sera totalement perdu...
- Le président souhaite apporter un coup de pouce aux "classes moyennes basses" (c'est son appellation). Cela concernerait les gens qui travaillent et sont justes au-dessus du SMIC. Exclue donc l'idée d'une revalorisation du SMIC, car cela ne concernerait que 17 % des salariés. Ce coup de pouce pourrait prendre la forme d'une défiscalisation partielle ou totale pour la première tranche de l'impôt sur le revenu. Le président a également évoqué la possibilité de fournir des chèques emploi service aux familles monoparentales, ainsi que l'augmentation des allocations familiales.
Si l'idée fiscale est séduisante, il n'en reste qu'elle implique des recettes en moins pour l'État qu'il faudrait compenser. Le président n'a pas évoqué de solutions.
D'autre part, cela consisterait à grossir la catégorie de français qui ne paie pas l'impôt. N'est-ce pas prendre le risque de couper davantage le pays en deux ?
- Pour répondre à la tentation protectionniste, Nicolas Sarkozy préfère envisager une suppression de la taxe professionnelle, avec pour objectif d'empêcher et d'éviter de nouvelles délocalisations. Voire de favoriser des relocalisations.
Là aussi, la suppression de cet impôt, manne vitale des collectivités locales, implique une compensation de recettes pour maintenir un certain équilibre. Sans cela, les communes en particulier ne parviendront pas à un équilibre financier. Équilibre obligatoire selon la loi. Le président évoque un remplacement par une taxe carbone. L'idée paraît intéressante. Reste qu'on peut s'interroger si cela ne consistera pas en un simple changement de nom, les plus productifs étant probablement les plus pollueurs... Alors évolution constructive et durable ou effets d'annonce ?
- Sur le volet emploi, Nicolas Sarkozy a indiqué qu'il souhaitait aller au-delà du récent progrès de 50 à 60 % d'indemnisation du chômage partiel. Sans évoquer le financement.
- Concernant le plan de relance et la méthode employée, Nicolas Sarkozy a rappelé son choix de l'investissement plutôt que de l'aide à la consommation systématique. Affichant clairement l'intention de de ne pas augmenter l'endettement du pays par un fonctionnement accru, mais bien de favoriser l'emploi créateur de richesses. et écartant, du coup, toute idée qui consisterait à renoncer à la suppression d'un fonctionnaire sur deux. Lié à ce sujet, le chef de l'État a évoqué la répartition des richesses. En parallèle également avec la proposition récente de Barack Obama aux États-Unis de fixer un salaire maximum pour les cadres et dirigeants des entreprises aidées par l'État. Concernant la France, Nicolas Sarkozy aimerait une meilleure répartition des recettes entre actionnaires, employé et investissement. Sinon, la manne financière concédée par l'État (c'est-à-dire le nombre des contribuables) servira à rémunérer des actionnaires qui auront comme première priorité d'accroître les licenciements pour accentuer leur profit... Drôle de façon de remercier ceux qui les ont aidés (par leurs impôts) que de les mettre au chômage...
Le sujet est plus fondamental qu'il n'y paraît, car il s'agit réellement d'un choix politique. Alors que le président a été élu pour redonner du sens au travail, ne pas s'attaquer au problème de la répartition des profits reviendrai à acter en réalité une priorité à la spéculation plutôt qu'au travail. La spéculation doit être l'outil de l'enrichissement global. et non pas le travail outil global d'enrichissement de quelques spéculateurs...
En choisissant l'investissement par des grands travaux et une relance des projets des collectivités, même si cela crée des infrastructures (de l'actif), il n'empêche qu'à terme cela contribuera à augmenter la dette de notre pays. Aujourd'hui certains économistes vont jusqu'à évoquer un taux de 80 % de PIB comme endettement national en 2012 (un peu plus de 60 % actuellement)...
Pour conclure, en voulant montrer qu'il s'occupe de tout et qu'il maîtrise tous les dossiers, le président de la république a probablement provoqué partiellement l'effet contraire. Sur un sujet précis comme Gandrange ou plus global comme la gouvernance monétaire mondiale, il a, en réalité, surtout fait apparaître qu'il n'avait pas toutes les cartes en main et que les décisions sont plus collective et moins simples qu'il ne peut y paraître au premier abord.
En attendant, en proposant un Grenelle social le 18 février aux organisations syndicales, Nicolas Sarkozy a certainement réussi à reprendre la main face aux organisations syndicales qui exprimaient depuis plusieurs semaines avec force, soutenues par une grande majorité de Français, des inquiétudes justifiées pour l'avenir proche de chacun, dans sa vie familiale et professionnelle.
A l'issue de cette rencontre à l'Élysée du 18, il sera réellement possible d'évaluer si le président a pris toute la mesure de la difficulté ressentie et vécue par les Français, et accepte des choix rassurants et adaptés, ou si au contraire il demeure sur une ligne politique libérale dont on constate aujourd'hui aux États-Unis comme en Angleterre qu'elle ne constitue plus un modèle souhaitable ni viable.
09:40 Publié dans Actualité - Civisme | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
Deux remarques de mon côté :
la revalorisation des salaires aurait au moins l'avantage de montrer aux menages modestes qu'on pense à eux en cette période de crise, les banques ne sont pas les seules à souffrir, je le vois tous les jours autour de moi...
quant à la TP supprimée, la taxe carbone ne rapporterait selon certaines estimations que 9 milliards alors qu'il en faudrait 30 pour compenser... je m'inquiète pour nos communes... ou pour le contribuable qui va encore devoir contribuer
Ecrit par : raph | 08.02.2009
http://voguehaleine.20minutes-blogs.fr/tag/sommet%20social
Ecrit par : jean-pierre | 24.02.2009
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