18.08.2009

> Modèle social français réhabilité ?

Le modèle français, si décrié il y a peu, est-il réhabilité par la crise ? Oublié le dogme de l'infaillibilité des marchés et de sa « main aveugle » qui répartirait les richesses de façon optimale ? Notre pays, en tout cas, résiste mieux que ses voisins. Le recul du Produit intérieur brut (richesse produite) y sera moins marqué qu'ailleurs en 2009. La baisse est évaluée par la Commission européenne à 3 %, contre 3,8 % au Royaume-Uni et 5,4 % en Allemagne. Si cela ne va pas plus mal, c'est grâce au moteur de la consommation. Il continue de tourner, en partie alimenté par les différents carburants de la dépense publique.

répartition_sociale.jpgPremier d'entre eux, les prestations sociales : vieillesse, maladie, famille, chômage... Ce système de redistribution est parmi les plus généreux au monde après la Suède. L'Insee évalue son total à 378 milliards d'euros, en 2008, soit 30 % du revenu disponible brut des ménages.

L'ensemble permet à beaucoup de personnes de garder la tête hors de l'eau - même si c'est parfois tout juste - en ayant toujours accès aux soins médicaux, en conservant un minimum de ressources une fois privées d'emploi, en bénéficiant d'un logement HLM... Quant aux retraités, le système par répartition leur garantit une pension dont le montant ne dépend pas (ou peu) des aléas de l'économie.

Autre caractéristique du modèle français, le poids de la fonction publique qui emploie un salarié sur cinq. L'ensemble des rémunérations des fonctionnaires représentera 13,2 % du PIB en 2009. Une charge pour les finances de l'État et des collectivités, mais aussi un stabilisateur important puisqu'elle ne suit pas les cycles économiques.

S'il parvient, jusqu'à présent, à protéger le plus grand nombre du naufrage quand la tempête fait rage, notre système n'est pas exempt d'inconvénients. Un, il est difficilement tenable en l'état. Si l'on continue de verser des prestations indépendamment du retournement de l'économie, on creuse les dépenses alors que les recettes diminuent. Conséquence : les déficits se creusent, alors qu'ils étaient déjà abyssaux. À la fin du premier trimestre 2009, la dette publique s'élevait à 1 413 milliards d'euros. Une facture que l'on reporte sur les générations à venir.

Deux, l'amortisseur social made in France est inégalitaire. Il profite globalement plus aux seniors qu'aux jeunes, particulièrement touchés par le chômage. La structure des dépenses le montre : les retraites pèsent pour 49 % et les soins médicaux pour 29 %. Même s'il n'y a rien de scandaleux à ce que la solidarité nationale s'exerce au profit des aînés. Ils ont cotisé pour ça et le montant de leurs pensions n'est pas toujours élevé. Trois, en dépit de son coût, notre modèle ne fait guère reculer la pauvreté.

C'est pourquoi nous devrons, une fois la crise passée, remplacer nos amortisseurs par un modèle plus juste. Au risque, sinon, qu'ils ne deviennent... des freins à la compétitivité des entreprises et aux créations d'emplois.

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