04.10.2009
> Véritable sortie de crise ou ultime boulimie sur-consommatrice ?...
Après un an durant lequel les médias nous ont rabaché du matin au soir (et du soir au matin) que nous étions en pleine crise économique (qui plus est, la plus grave depuis un siècle), nous serions aujourd'hui en passe d'être sortis d'affaire si on écoute les avis experts de nos politiques de tous bords. Réalité ou illusion éphémère ?
Pour mieux cerner le contexte il faut re-situer le modèle de société dans lequel nous vivons depuis l'après-guerre et qui se résume ainsi : une sur-consommation permanente des ménages. Il suffit de regarder comment cela se décline autour de nous : les petits commerces ont quasiment tous baissé rideau pour laisser place à des zones industrielles où s'étalent des "hyper-surfaces" spécialisées dans tout et n'importe quoi : nourriture, meubles, bricolage, vêtements, jouets, etc. Cette évolution majeure, qui amène nos villes à se déserter de plus en plus, nous vient tout droit de l'autre côté de l'Atlantique et pas d'ailleurs. L'objectif est simple : faire venir de plus en plus de clients pas forcément en absolue nécessité de consommer pour leur permettre de dépenser leur revenus (et plus si nécessaire via des crédits) pour acheter, acheter, acheter... et encore acheter... Cette "sur-consommation" étant le moteur pour permettre de produire encore plus... Et donc devoir acheter encore plus... Serpent de mer...
Aujourd'hui, la crise économique est passée par là, doublée d'une préoccupation écologique toute récente, pour faire réfléchir le consommateur à 2 fois avant de dépenser ce qu'il n'a plus. Prenons un exemple : les années passées, si le revenu mensuel était "un peu juste" pour se payer le "dernier" caddie du mois, qui n'utilisait pas la réserve permanente de crédit de sa carte du supermarché, plutôt que réfléchir à ses achats ? Bien peu à vrai dire se limitaient à ce qu'ils pouvaient dépenser. Et s'ils le faisaient, ils passaient pour des "rétrogrades" qui ne profitaient pas de la vie... Aujourd'hui, les conditions de crédit devenant plus drastiques et les mentalités évoluant (tant mieux !), le choix n'est probablement plus le même : les ménages "tirent" sur le contenu du frigo et du célier pour gagner une semaine. C'est la décroissance... Et lorsque le compte en banque se remplit à nouveau, alors une sorte de frénésie consommatrice tente de reprendre le dessus... Que chacun maîtrise plus ou moins selon sa volonté... et le contenu de son compte en banque... Bref, la consommation reprend, mais probablement un peu mieux maîtrisée... et forcément globalement moindre (financièrement parlant) ; on refait rarement deux fois les mêmes erreurs...
C'est probablement ce qui se passe à l'échelle mondiale de l'économie actuellement : chacun a cherché à optimiser davantage ses dépenses, voire a choisi de reporter une dépense importante (voiture, habitat, loisirs, etc.). Et il arrive un moment où l'échéance est incontournable, ce qui oblige à une "légère reprise" des dépenses... L'impression que la crise est derrière nous...
En réalité, les choses sont probablement un peu plus complexes pour les raisons que nous venons d'évoquer. Au delà de la décroissance, c'est probablement tout le modèle économique qui est en train de changer. L'objectif n'est plus de dépenser toujours plus, mais de dépenser mieux et en tenant compte d'un autre critère : l'impact environnemental. Quel changement ! En attendant que cette nouvelle donne soit définitivement sur les rails, il y a obligatoirement un moment plus ou moins long d'évolutions difficilement prévisibles durant lequel l'alternance entre les habitudes de l'ancien "logiciel économique" et le nouveau se chevauchent, se complètent ou s'opposent. Et c'est probablement sur la crête d'une de ces vagues économique où nous nous trouvons actuellement, laissant l'impression que tout va mieux... Ne nous y trompons pas : les interférences risquent de se prolonger alternativement avec des moments plus positifs pendant encore quelques années.
Observons maintenant d'un peu plus près ce nouveau modèle économique, intitulé "croissance verte". Il ne faut pas trop rêver... Il s'agira probablement plutôt d'une "décroissance" verte. Car si on veut constater des progrès environnementaux, il faut clairement annoncer qu'il nous faudra consommer moins... Certains voient par exemple l'avenir en électrique, mais au delà des "poubelles" nucléaires (l'éolien et le solaire ne suffiront jamais à couvrir tous les besoins) que nous laisserons à nos enfants, personne n'évoque le recyclage des piles et batteries après usages... Donc par quelque approche qu'on étudie la perspective, il y a des déchets... Et un déchet, quel qu'il soit, ce n'est jamais "vert"...
A partir de là, il appartient aux politiques, nationaux et locaux de "tracer le chemin", sans démagogie. Etre capable de dire que parmi les attentes sociales, il faudra faire des choix difficiles sur les valeurs à prioriser : salaire, travail, santé, retraite... Et surtout en toute transparence et en l'appliquant à tous, eux y compris... En période de conflit majeur, les générations passées ont accepté de s'adapter. Toute vérité équitable est acceptable. Il n'y a pas de raison qu'en période d'évolution des pratiques individuelles, il n'en soit pas de même, sans "explosion sociale". Mais pour cela, il faut stopper la surrenchère des rêves utopiques et tenir d'honnêtes discours où chacun à son échelle donne l'exemple.
De tout temps, les crises ont été l'occasion d'évolutions, de "remises à plat", face aux contraintes. Faisons en sorte que cela perdure pour construire ensemble l'avenir. Et surtout que cela repose sur des valeurs morales communes et durables.
17:02 Publié dans Economie - Finances | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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